Hier soir, lors d'un dîner avec des amis, nous avons un débat au sujet de l'homophobie. Au Royaume-Uni, il est question de passer un règlement réprimant l'usage du mot gay comme insulte dans les cours de récréation. Certains invités trouvaient cela stupide, parce que c'était difficile à mettre en place, et parce que le fait que « gay » soit une insulte ne signifie pas nécessairement qu'ils voient négativement les homosexuels. Il s'agissait donc d'un excès de « politiquement correct ».
Je ne suis pas de cet avis. Il me semble au contraire que cette mesure est judicieuse. D'abord, sur le plan pratique, elle me semble tout à fait faisable. Il suffit de mettre en place des sanctions dans le cadre scolaire quand l'usage du mot gay comme insulte est avéré.
Ensuite sur l'effet d'une telle mesure, il me semble qu'il y a là un bon moyen de réduire l'homophobie à long terme. Il s'agit de rendre l'insulte « gay » inacceptable socialement. Même si cela peut paraître forcé au début, à long terme, si une telle mesure continue d'être appliquée, cela finira par arriver. On n'osera plus appeler quelqu'un « gay » de manière péjorative. Cette mesure aura fait en sorte que le fait d'être homosexuel ne soit plus considéré de manière négative. Par l'habitude, on aura fait en sorte que l'homophobie sous-jacente à l'insulte « gay » sera devenue anormale, au sens de contraire à la norme. On aura établi une nouvelle norme sociale, moralement préférable à celle d'avant.
Encore une fois, il me semble que l'État a un rôle à jouer pour casser le phénomène d'auto-renforcement faisant du mot gay une insulte banale. Au contraire, il peut aider à lancer une nouvelle dynamique d'auto-renforcement vers une nouvelle norme, de même que le mot nègre est devenu inacceptable parce qu'il était utilisé comme insulte, sous-entendant que la personne était inférieure en raison de sa couleur de peau.
C'est effectivement très politiquement correct, mais je ne vois pas le problème, puisqu'il me semble que c'est moralement préférable.
One Response to Homophobie, norme et habitude
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Mouais... Pas vraiment d'accord.
Disons, que je ne pense pas que le social et le moral soient totalement superposables, s'tu veux. Tu affirmes que le fait de ne plus oser employer le mot "gay" en société (ici, dans une cour d'école) entraînera, par la force de l'habitude, une révolution morale : disparition de l'homophobie. A mon avis, c'est pas gagné. En interdisant certains mots, on réussit au mieux à créer de nouveaux usages, un nouveau conformisme, c'est-à-dire qu'on reste à la surface des représentations morales.
Sans compter qu'il me paraît vachement difficile et peut-être risqué d'imposer cette interdiction à une cour d'école. S'il était officiellement banni, ce monosyllabe deviendrait une sorte de mot magique superpuissant alors qu'en fait "gay" doit avoir une extension très large et signifier "nul, "pas cool", "radin", mauvais en foot", bref tout ce contre quoi ce contre quoi s'affirme la personnalité conquérante des ch'tits garçons. Tout ça pour dire que je ne crois pas non plus vraiment à l'idée d'un auto-renforcement. Quand le mot rentre dans l'usage, il s'use tout simplement. D'ailleurs, le mot "nègre" n'a jamais été aussi violent et aussi blessant que depuis qu'il est officiellement banni alors qu'avant il était relativement neutre au point de vue des connotations. Finalement, on ne fait que transférer des connotations, des sentiment de haine ou de peur ou de ce que l'on voudra d'un mot à l'autre. "Nègre", "pédés" qui étaient relativement neutres dans l'usage, en société donc, sont devenus inacceptables et on s'attache aujourd'hui à faire subir le même traitement à "noir" et à "gay", et ainsi de suite. C'est bien la preuve qu'un renouvellement de terminologie ne change pas grand chose à l'affaire, ne parvient pas à réduire le volume de sentiments positifs on négatifs momentanément affectés à un mot.
Dernière chose : en France actuellement (il faudrait voir au R-U) le mot "gay" est officiellement connoté plutôt positivement. Il faut l'associer à "mode", "culture", "fête", "tolérance", etc. En tout cas, ce sont les "gays" tendance love parade et leurs sympathisants qui l'ont promu. Il faudrait donc que la justice distingue un "gay" connoté positivement d'un "gay" pris comme insulte, ce qui me paraît délicat.